La fonction de porte-parole du gouvernement a toujours été un emploi bref car l’obligation de communiquer n’a jamais été perçue comme une obligation. Le freedom act de la démocratie américaine et l’accès à l’information restent encore aléatoires dans un pays gouverné avec le syndrome de la clandestinité et géré comme une lointaine plaine par un maquis souverain et avare en paroles. Le chroniqueur a encore dans les oreilles cette voix caverneuse du communiqué, défilant sur l’écran de l’ENTV, lu avec la gravité d’un film d’horreur et qui commence par ce mot affreux : « Balagh », « Communiqué n°… », sur le mode stalinien et avec la langue des guerres perdues de Abd Nasser.
Et cette catastrophe du couple Mépris/Rumeur déteint un peu partout à la fin : de la présidence à l’APC. Un autre exemple ? Le nouveau code de la route. Pour en avoir des détails, il faut en être le coupable ou la victime. C’est dans les barrages routiers que l’on peut, parfois, vous informer de ce que vous devez respecter désormais. Sans cela, le peuple est dans le noir. En témoigne cette scabreuse rumeur sur l’obligation pour les propriétaires de véhicules de tourisme de se munir d’un gilet phosphorescent, d’un triangle de signalisation et d’un extincteur. Peuple sous informé, beaucoup d’Algériens se sont donc empressés de chercher ces fameux gilets, généralement à la mode chez les gardiens de parkings sauvages. Le prix a donc grimpé de 80 DA à 600 DA en quelques jours. Et le plus grave dans cette arnaque par le vide, restera ce traitement de chèvres qu’on nous impose en guise de droit à l’information, la vraie, pas celle transmise par un chanteur de Raï, ni celle débile de « la crise de démence » dans la pure tradition du KGB, ni celle du « Guermah voyou » de l’incompétence linguistique.
Cette réduction de tout un peuple à des ramasseurs de feuilles mortes n’est pas seulement un manquement au droit à l’information, même celle dite domestique, mais une insulte qui nous est faite depuis l’Indépendance. On a fini par en accepter le fond et la forme et par ne pas s’indigner de voir l’Etat réduit à un Pouvoir puis le Pouvoir réduit à une famille et la « Famille » se suffire de nous serrer la main avec le bout des doigts de son cuisinier du jour. On comprendra alors pourquoi le ministère de Amar Tou se contente de pondre un code sans campagne d’information pour ce peuple destiné à assumer le rôle de la chèvre et pourquoi un ministre de l’Intérieur nous demande de ne pas nous mêler de l’enquête sur la mort de Tounsi et pourquoi une APC peut vendre la moitié d’une commune à un fabricant de clefs sans en informer les électeurs.
Si le Président de la RADP se contente d’un chanteur et d’un joueur de foot, faut-il en vouloir au reste de nous envoyer des ronds de fumée ? Et le pire est qu’on a tellement intériorisé cette insulte que personne ne revendique son droit à avoir une copie du bulletin de santé du président payé pour être Président, ni son droit à un PV de délibération d’APC, un droit devenu impossible par les vœux d’Ouyahia. Peuples d’Algérie, vous êtes bons pour la collecte des sous, les bus des meetings et les applaudissements. Le reste ne vous concerne pas. A la prochaine colonisation, on vous convoquera peut-être pour gonfler le chiffre des morts et ceux des armées des frontières.
Suivez Santé Plus France sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter



