La seconde raison est la communication officielle des officiels. Saïd Barkat a fait trois erreurs que les images de sa vaccination en « direct » diffusées par l’ENTV n’ont pas corrigées. La première remonte à l’époque de la pomme de terre. Les Algériens n’arrivent pas à oublier cette crise ni ses fausses solutions. A l’époque on a perturbé le cycle des importations et des récoltes pour une histoire de nombre de tubercules. On y a découvert que l’Algérie importe de la patate qu’elle peut produire ici mais qu’elle ne produit pas parce qu’on ne le veut pas en Hollande. Là, Barkat a d’abord dit « non ce n’est pas vrai », puis a dit « c’est à moitié vrai mais ce n’est pas une faute », ensuite il a dit « on va importer ». Sa gestion de la pomme de terre déteint aujourd’hui sur sa gestion de la grippe A. Les Algériens marquent avec précision les années et les calendriers avec la pénurie alimentaire. Souvenez-vous de l’époque de Chadli et des plaquettes d’oeufs. La deuxième erreur est que Barkat importe le vaccin du Canada, pays fétiche des gros contrats algériens d’urgence, comme il l’a autorisé pour la pomme de terre. A cette époque on a parlé de pomme de terre porcine comme aujourd’hui on parle de grippe porcine. La troisième erreur de Barkat est qu’il est officiel, c’est-à-dire ministre et que quand un ministre parle dans l’ENTV, il ne faut pas le croire, répètent les Algériens. La communication institutionnelle en algérien en est encore au stade stalinien de la propagande et l’ENTV au stade oral de la RTA. Lorsqu’un ministre fait une démonstration dans la seule et unique TV de l’Etat, le peuple se méfie. Le socialisme et ses chiffres de développement faramineux nous a appris à ne pas croire les images d’un ministre qui se fait vacciner pour convaincre le peuple. Il n’y a pas eu de partie tierce pour vérifier que la seringue n’était pas remplie de sérum ou de LSD expliquant les bilans de réussite dans le secteur de la santé. Les ministres algériens « parlent » mal, le font dans les mauvais canaux et souvent tellement grossièrement qu’ils en ressemblent à des bonimenteurs sur commande.
La dernière raison de la méfiance des Algériens est donc la mauvaise information sur ce vaccin, justement. Les Algériens n’en savent rien et l’Etat leur demande de lui faire confiance, chose impossible depuis des décennies. Il y a un air de bricolage, de rafistolage, de course au bilan et aux chiffres des vaccinés, qui font peur aux Algériens. Ils n’y ont pas le sentiment qu’on se préoccupe de leur santé mais de servir à un total statistique qui va être présenté à Bouteflika pour prouver la réussite de l’opération. C’est ce que pensent toutes les souris blanches des labos si elles pouvaient parler et bouder les essais.
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