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La grève des praticiens

samedi 6 mars 2010

Dans l’ambiance délétère de fin de règne qui prévaut depuis quelques mois dans le pays, c’est à se demander si le pourrissement auquel la gestion des grèves (celle des enseignants, mais celles aussi des praticiens de la santé et du secteur économique) par les autorités a conduit, n’entre pas dans une stratégie froidement élaborée par certains cercles pour précipiter la décantation et du changement au sommet de l’Etat. Ce n’est pas la première fois que la contestation sociale a été instrumentalisée pour servir de paravent aux luttes que se livrent pour le pouvoir les clans qui le composent.

N’ayant pu venir à bout de la détermination des ensei gnants, les autorités ont renoncé à leur prêcher la sagesse et opté pour la coercition en vue de mettre un terme à leur débrayage qui paralyse les établissements scolaires du pays.

Pour donner un semblant de légalité à la démarche dure à laquelle il a décidé de recourir, le ministère de tutelle s’est arrangé pour que la justice ordonne l’arrêt immédiat de la grève. Après, il a aussitôt lancé un ultimatum aux grévistes leur enjoignant de reprendre leur poste au plus tard le 07 mars, faute de quoi leur seront appliquées les procédures légales en vigueur en matière de relation de travail.

Décision qui, selon le département de Benbouzid, a obtenu l’aval du gouvernement. Pour preuve que l’Etat s’est décidé à employer les grands moyens pour briser la contestation en milieu éducatif, Benbouzid a menacé de « radier des effectifs de la fonction publique tout enseignant qui n’obtempérera pas à l’injonction de reprise du travail au délai fixé. Parallèlement, il a instruit à cet effet les directeurs de wilaya de l’Education à « prospecter » parmi les demandes d’emplois en leur possession en vue de suppléer aux postes vacants, et ce de concert avec les services de la fonction publique, instruits pour leur part par le gouvernement.

Les enseignants grévistes sont ainsi soumis au choix : ou de ne pas céder face à la coercition dont ils sont menacés, ou de s’incliner pour ne pas perdre leurs emplois. Il n’appartient qu’à eux seuls et pas à d’autres de décider du quoi faire dans pareille situation. L’Etat n’en sortira pas grandi, quel que soit le choix qu’ils feront. Il a d’autres solutions pour en finir avec la revendication qui s’exprime dans la famille éducative que celle du mépris et de l’humiliation dont il a usé dans un premier temps à son égard, ou celle du chantage au licenciement pour laquelle il vient d’opter. A ce durcissement de sa position, les syndicats ont répondu par le refus de faire marche arrière dans ce que les enseignants considèrent « une bataille pour la dignité ».

Quoi qu’il en soit, la tournure que prend la confrontation enseignants-pouvoirs publics risque de provoquer par réaction de solidarité d’autres mouvements de contestation dans la fonction publique. Le Syndicat autonome des personnels d’administrations publiques (SNAPAP) en a en tout cas averti les autorités en annonçant sa décision de lancer incessamment un mot d’ordre de grève pour, a-t-il clairement précisé, ne pas laisser les travailleurs de l’Education seuls face aux menaces de leur tutelle de les radier pour avoir demandé leurs droits ».

Dans l’ambiance délétère de fin de règne qui prévaut depuis quelques mois dans le pays, c’est à se demander si le pourrissement auquel la gestion des grèves (celle des enseignants, mais celles aussi des praticiens de la santé et du secteur économique) par les autorités a conduit, n’entre pas dans une stratégie froidement élaborée par certains cercles pour précipiter la décantation et du changement au sommet de l’Etat. Ce n’est pas la première fois que la contestation sociale a été instrumentalisée pour servir de paravent aux luttes que se livrent pour le pouvoir les clans qui le composent.

Ils s’en livrent une actuellement en recourant à tous les stratagèmes et à toutes « les ruses de guerre ». Pourquoi renonceraient-ils à celle de l’embrasement du front social ?

Kharroubi Habib

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