Quelles sont les mutations identifiées récemment sur le virus A(H1N1) ?
L’analyse au Centre national de référence des séquences du gène viral HA a révélé dans un prélèvement de lavage broncho-alvéolaire d’un cas fatal de grippe A(H1N1) la présence de la mutation Asp222Gly, récemment décrite pour des cas graves en Norvège. Sur le même prélèvement, le CNR a également identifié par séquençage du gène NA, cible des antiviraux, une mutation conférant une résistance à l’oseltamivir. Il s’agit du premier cas d’identification en France de la mutation Gly222 pour une forme grave. De surcroît elle est associée à une résistance à l’oseltamivir ce qui n’a pas été rapporté jusqu’à présent dans le monde. Le CNR pour la grippe Région Sud a identifié la même mutation Gly222 pour un autre cas fatal, mais sans aucun lien épidémiologique avec le cas analysé au CNR France Nord, à l’Institut Pasteur.
Le virus muté risque-t-il de devenir plus dangereux ?
L’apparition de mutations du virus A (H1N1) n’est pas inattendue, car les virus grippaux sont des virus variables. Ils évoluent sans cesse. Toutes les mutations ne sont pas inquiétantes. Dans ce cas précis, la mutation Gly222 pourrait permettre au virus de mieux se multiplier au niveau du tissu pulmonaire, en lui conférant la capacité de s’attacher non seulement aux récepteurs habituels présents au niveau du tractus respiratoire supérieur mais également aux formes du récepteur retrouvées au niveau pulmonaire.
Le virus muté se transmet-il davantage ?
Cette souche mutée ne semble pas avoir été transmise d’une personne à l’autre. À ce jour, elle n’a pas été retrouvée chez d’autres patients atteints de forme grave qui font l’objet d’enquêtes approfondies. Elle n’a pas non plus à ce jour été trouvée dans le cadre de la surveillance des virus circulant dans la population générale.
Le vaccin est-il toujours adapté à ce virus muté ?
La localisation de la mutation Gly222 n’empêche pas la reconnaissance du virus par les anticorps spécifiques. L’efficacité des vaccins actuellement disponibles n’est donc pas remise en cause.
En savoir plus sur le Centre national de référence pour la grippe France Nord
Le CNR est chargé de la surveillance épidémiologique et virologique de la grippe dans la moitié Nord de la France. Dans le cadre de l’épidémie de grippe A(H1N1), il doit notamment caractériser les virus grippaux pour suivre l’adéquation entre virus circulants et composition vaccinale. Cela permet de mettre en évidence l’émergence éventuelle de nouveaux variants à potentiel épidémique, voire pandémique. Il suit également la sensibilité aux antiviraux des virus grippaux circulants. Dans le cadre de la pandémie à virus A(H1N1) les virus isolés de formes graves font l’objet d’une surveillance particulière.
Le CNR pour la grippe Région Nord est associé à l’unité de Génétique moléculaire des virus ARN de l’Institut Pasteur, dirigée par le Pr Sylvie van der Werf. Il fait partie du Comité de lutte contre la grippe présidé par le Dr Jean-Claude Manuguerra, responsable de la Cellule d’Intervention Biologique d’Urgence (CIBU) de l’Institut Pasteur.
Comment apparaissent les mutations sur un virus ?
Les virus grippaux évoluent selon deux mécanismes :
Le premier est appelé glissement antigénique : des mutations de gènes codant pour des protéines de surface provoquent des modifications mineures du virus. Le nouveau variant reste très proche du précédent. L’immunité conférée par une grippe contractée précédemment protégera contre ce variant. Cependant, l’accumulation dans le temps des modifications va aboutir à une moindre reconnaissance du nouveau variant par les systèmes immunitaires ayant rencontré ces virus dans le passé. Ce phénomène impose le changement des souches vaccinales plus ou moins régulièrement. L’aspect progressif de ces changements explique que la plupart des épidémies sont souvent mineures ou de moyenne importance.
Pour les virus de type A, comme celui de la grippe A(H1N1) il existe un deuxième phénomène de variation, appelé cassure, qui peut être plus grave. Des changements radicaux des protéines antigéniques du virus, avec le remplacement d’une protéine par une autre, donnent naissance à un nouveau virus, totalement différent de celui qui circulait jusque-là. Ce nouveau virus peut apparaître brutalement et gagner tous les continents. C’est la pandémie. L’immunité préexistante ne protège pas et un vaccin préparé avec les souches précédentes est inefficace.
C’est ainsi que de nouveaux virus sont apparus, causant des pandémies dramatiques : grippe espagnole en 1918 (20 à 40 millions de morts), grippe asiatique en 1957 (4 millions de morts) et grippe de Hong Kong en 1968 (2 millions de morts). Depuis vingt-cinq ans, les virus en circulation sont des descendants du virus Hong-Kong, et les vaccins légèrement modifiés chaque année sont efficaces. Dans l’épidémie actuelle, il s’agit d’un « nouveau » virus qui se transmet d’homme à homme mais appartient à la famille A(H1N1)2009. Il résulte de phénomènes de recombinaisons à partir de virus de porc, humain et aviaire.
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