Un paysage contraceptif fortement médicalisé mais des échecs de contraception fréquents
L’étude COCON a permis d’estimer que, pour un tiers des femmes, la dernière grossesse, intervenue dans les cinq dernières années, n’était pas souhaitée. Parmi ces femmes qui n’ont pas choisi leur dernière grossesse, un tiers n’utilisait pas de contraception. Mais, phénomène préoccupant, près de deux grossesses non prévues sur trois surviennent chez des femmes qui déclarent utiliser un moyen contraceptif au moment de la survenue de la grossesse. La moitié de ces grossesses non souhaitées se termine par une IVG. Les chercheurs qualifient de paradoxale cette situation qui associe à une large diffusion des méthodes contraceptives, une stabilité du nombre des interruptions volontaires de grossesse.
L’analyse des données traduit les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes dans la gestion, quotidienne et à long terme, d’une contraception très médicalisée. Elles attribuent les « échecs » du moyen contraceptif qu’elles utilisent au fait qu’elles n’ont pu choisir la méthode qui leur a été prescrite, et que celle-ci ne leur convient pas. Elles évoquent également une utilisation incorrecte de la méthode ou la survenue d’une difficulté lors de son utilisation : oubli de pilule, mauvaise utilisation ou rupture de préservatif, échec des méthodes naturelles. Elles sont également démunies lorsqu’un accident de méthode survient, car étant insuffisamment informées, elles n’adoptent pas la conduite à tenir adéquate pour éviter la survenue d’une grossesse.
Par ailleurs, pour certains experts (Nathalie Bajos, Unité INSERM-INED, U 569), il existe également une “norme sociale du bon moment pour être mère » et cette norme s’est renforcée. En effet, l’âge moyen des femmes au moment de la naissance de leur enfant ne cesse de reculer : il atteint presque 30 ans en 20063. : Le « bon moment pour être mère » nécessite d’avoir une relation stable, un logement, une situation professionnelle pour soi et son conjoint, or les études sont de plus en plus longues. Ces raisons expliquent en partie que les femmes recourent plus fréquemment et plus facilement à une IVG en cas de grossesse non désirée qu’avant, notamment chez les plus jeunes.
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